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Bokashi, méthanisation QAYS... kesako ??

Retour sur la formation continue : Réflexion sur les micro-organismes !

« Bokashi », cela vous dit quelque chose ? Oui, cela vient du Japon et la traduction précise serait « fermentation réussie » ou « matière organique bien fermentée ».
Voulez-vous en savoir plus ? Oui, cela pourrait servir aux acharnés du compostage des déchets végétaux que nous sommes…

Mais il s’agit d’un tout autre processus que le compostage en milieu aérobie. Qu’est-ce à dire ?

Le « bokashi » est une fermentation de déchets végétaux réalisée en milieu anaérobie par l’apport de micro-organismes « efficaces » (EM = Effective Microorganism, en anglais).

Le professeur Feruo HIGA qui détient le brevet d’une culture d’environ 80 micro-organismes (bactéries et spores) souhaite qu’elle soit utilisée partout dans le monde afin d’améliorer l’environnement. Il vend des micro-organismes sélectionnés et ceux-ci sont multipliés et conditionnés aux Pays-Bas. En Belgique, ils sont distribués par AGRITON (1).

Le samedi 14 mars 2015, 18 maîtres composteurs se sont retrouvés au siège de WORMS pour entendre une information sur la technique du « bokashi ». Marleen et Emiel, délégués techniques du distributeur AGRITON nous ont expliqué les mécanismes mis en œuvre dans le processus de « fermentation ».

Que donne cette fermentation comme résultat final ?
Après 6 semaines de fermentation, le produit fini aura une allure semblable à celle du départ (vous retrouvez les formes des déchets organiques telles que déposées dans le seau, il n’y a pas de forte réduction de masse) mais dont les chaînes de molécules ont été réduites (comme un bloc de sucre découpé en petits morceaux) et qui contient dès lors une quantité importante de micro-organismes non pathogènes en tous genres : enzymes, antioxydants, vitamines, acides aminés, acides organiques, levures, bactéries, bactéries photosynthétiques,...
Les « bonnes » bactéries se multiplient et dominent le milieu, empêchant les « mauvaises » bactéries de s’exprimer (c’est le principe de dominance). Il n’y a donc pas de destruction des éventuels pathogènes mais ils sont contrôlés par la domination des autres (on collabore plutôt que de combattre). Le milieu acide permet néanmoins de détruire une partie des « mauvaises » bactéries. La matière est ainsi stabilisée et il n’y a plus de putréfaction possible donc pas de problème d’odeur (c’est le principe de fermentation lactique que nous utilisons aussi pour produire du yaourt, du vin ou de la choucroute…).

Et que faire de ce produit qui a subi la fermentation ?
Afin d’améliorer la composition du sol, il doit être enfoui dans le jardin… et sera digéré en quelques mois (environ 3 mois) par la microfaune du sol, répandant ainsi toutes les « bonnes » bactéries dans l’ensemble du jardin. C’est donc un moyen naturel de prévenir les maladies des plantes du potager et de renforcer leur croissance.

Tout comme le fût à composter, il existe un fût à fermentation (270 L) et pour les volumes plus réduits, un seau à fermentation de type vermicompostière avec un bac unique et recueil de liquide dans la partie basse (avec robinet). La valeur agronomique de ce liquide est similaire au percolat du vermicompost : un engrais très puissant à diluer dans l’eau à raison de 1/100.



Quelles sont les différences fondamentales entre le compostage et la fermentation ?
La documentation que l’on retrouve chez Agriton défend les mérites du « bokashi » (fermentation anaérobie) en y opposant le compostage, c’est quelque peu bizarre de montrer l’intérêt d’une technique qui ne lutte pas contre la nature en y opposant une autre technique simple qui reproduit le fonctionnement de la forêt (compostage aérobie). Analysons les différences entre ces deux techniques.

- Le compostage permet aux matières ligneuses de se décomposer tandis que la matière ligneuse n’est pas dégradée dans le processus de fermentation bokashi.
- Par contre, les restes d’aliments cuits, la viande, le poisson… peuvent facilement être valorisé par fermentation. Ces types de déchets sont limités voire évités dans le traitement par compostage domestique.
- Le compostage conduit à une forte réduction de la masse (jusqu’à 2/3 du volume) des déchets verts mais pas le processus de fermentation bokashi (réduction limitée à environ 1/3 du volume).
- Dans le compostage, avec l’élévation de température (±70°C), nous perdons de l’énergie et du CO2. Il n’y a pas d’élévation de température dans la fermentation bokashi (±10°C). La basse température du processus de fermentation ne permet pas la pasteurisation (stérilisation) de la matière.
- La fermentation a besoin d’être activée en ajoutant les microorganismes (que l’on trouve dans le commerce sous une marque déposée et brevetée). Le compostage s’active naturellement par l’activité biologique et la décomposition naturelle de la matière.

Il paraît que le processus de fermentation crée dans les déchets végétaux davantage de richesses diversifiées sous formes d’enzymes, antioxydants, vitamines, acides aminés, acides organiques, levures, bactéries, bactéries photosynthétiques,...
Aussi pouvons-nous considérer qu’utiliser la technique de fermentation « bokashi » est un complément très utile au compostage, surtout pour les jardiniers.
La vie est diversifiée. Profitons-en : utilisons « bokashi » et compostage !


En deuxième partie de matinée, l’ingénieur civil Yves BERTRAND a présenté son système de méthanisation QAYS. La méthanisation est la transformation de déchets organiques en gaz (le carbone se transforme en méthane) et amendement organique, dans un milieu anaérobie.
La méthanisation QAYS diffère du système classique car il n’y a pas besoin d’introduire d’eau dans le mélangeur. Par ailleurs, le travail s’effectue sans piston ni agitateur. Le résidu est séché sur place et son transport est plus facile (moins lourd, plus compact). Pour fonctionner, il faut une cuve de 100 m³ minimum. C’est un système idéal pour obtenir du gaz à partir d’une production contrôlée de déchets locaux.

Le système classique de méthanisation industriel (utilisé aujourd’hui) exige de grands tonnages de matière première (déchets verts et de cuisine) pour alimenter d’immenses cuves mais également beaucoup d’eau. Toutes les matières organiques spongieuses peuvent y être traitées sauf la lignine ! Mais, il faut aussi prévoir un complément de matières premières telles que le maïs car les déchets locaux ne suffisent pas. Dès lors, ce système à grande échelle engendre une circulation routière importante et tous ces éléments cumulés le rendent moins intéressant au niveau environnemental. Des exemples de production de maïs (souvent OGM) destiné à la méthanisation directe démontrent les dérives de ce système qui accapare les terres agricoles dans le but de produire de l’énergie (en Allemagne, beaucoup d’agriculteurs deviennent des producteurs d’électricité !).


De plus, si la collecte des déchets à méthaniser provient de sources non contrôlées, ces déchets organiques sont considérés comme du « tout venant » et peuvent dès lors éventuellement contenir des matières toxiques ou des métaux lourds. Dans ce cas, les résidus après méthanisation (il s'agit de gros volumes !) devront être soit enfouis, soit brûlés dans une cimenterie.

Une matinée studieuse pour les maîtres composteurs qui sont repartis avec de nouvelles connaissances et peut-être de nouveaux rêves en tête…

Article écrit par Martine Romain (MC à Forest) et révisé par Bertrand Vanbelle (MC à Etterbeek et coordinateur du réseau).


(1) www.agriton.com; info@agriton.be; www.emna.eu; www.embro.eu
(2) www.qays.be



Complément d’infos sur les produits Agriton :

A savoir : les micro-organismes commercialisés sous forme solide (BOKASHI STARTER) ou liquide (MICROFERM) peuvent être utilisés à l’intérieur pour faire la fermentation des déchets végétaux et de cuisine dans un seau (familial) ou un fût de type containeur (HORECA, communautés) ou en tas sous bâche à l’extérieur afin de neutraliser les odeurs de lisier de bovins ou encore directement dans les prairies où paissent les chevaux.
Cela donne une idée : cela pourrait-il servir à neutraliser les odeurs des étrons canins dans les espaces réservés aux chiens, les canisites et les trottoirs ? Quel serait le coût ?
Une application domestique de microorganismes (WIPE & CLEAN) sert au nettoyage du sol et des surfaces en intérieur d’habitation.
Une autre application est spécifiquement réservée au nettoyage des algues proliférant dans les pièces d’eau.